Le nom en droit sénégalais : règles, protection et changements

Guide complet

M. Danfa

12/30/20254 min read

Le nom est l’un des premiers éléments qui identifie une personne dans la société. Pourtant, en droit sénégalais, sa définition juridique n’est pas explicitement donnée par le législateur.

Ce silence n’est pas anodin : il laisse une marge d’interprétation tout en permettant au Code de la famille d’encadrer strictement l’usage, la protection et la modification du nom.

Cet article propose une analyse claire et structurée du régime juridique du nom au Sénégal, fondée sur les textes applicables et pensée pour les étudiants, juristes et praticiens.

1. Le nom en droit sénégalais : une notion non définie par la loi

Contrairement à d’autres systèmes juridiques, le Code de la famille du Sénégal ne donne aucune définition générale du nom.

Aucun article ne précise sa nature juridique ou ses fonctions.

La seule indication figure à l’article 2, qui se limite à établir la composition du nom :

🔸 « Le nom se compose du nom patronymique et du ou des prénoms. »

Ainsi, même sans définition théorique, la loi reconnaît deux éléments essentiels :

Le nom patronymique : il rattache l’individu à une famille ou une lignée.

Le(s) prénom(s) : ils individualisent la personne au sein de cette famille.

Le nom est donc compris comme un identifiant civil fondamental, indispensable à l’état civil, aux actes juridiques, aux relations sociales et aux documents administratifs.

2. Modifier ses prénoms : les règles prévues par l’article 9 du Code de la famille

Le changement de prénom est encadré par l’article 9, qui établit un mécanisme simple mais rigoureux.

Selon ce texte :

🔸 « Les prénoms de l’enfant figurant dans son acte de naissance peuvent être modifiés par jugement en cas d’intérêt légitime et, en cas d’adoption, sur la seule demande de l’adoptant. »

✦ Qui peut demander un changement de prénom ?

Toute personne concernée, directement ou par représentation (parents pour mineur).

L’adoptant, sans avoir à démontrer d’intérêt légitime dans le cadre d’une adoption.

✦ Qu’est-ce qu’un “intérêt légitime” ?

Il peut s’agir par exemple :

d’un prénom difficile à porter ou ridicule,

d’un prénom source de confusion,

d’un motif religieux ou culturel,

d’un changement lié à une intégration familiale.

L’appréciation reste souveraine pour le juge.

✦ Quelle procédure ?

Dépôt d’une requête devant le tribunal compétent ;

Examen du motif ;

Décision rendue par jugement ;

Modification portée sur l’acte de naissance après l’ordonnance.

Cela garantit un encadrement juridique strict et évite les changements arbitraires.

3. La protection du nom patronymique : une règle forte (Article 11 CF)

Le nom patronymique bénéficie d’une protection particulière en droit sénégalais.

L’article 11 indique :

🔸 « Un intérêt même purement moral peut permettre à toute personne d’agir en réclamation de son nom patronymique et d’interdire à un tiers d’en faire usage. »

✦ Ce que cela signifie concrètement :

Toute personne peut revendiquer son nom

— par exemple en cas d’usurpation, d’erreur administrative ou d’usage abusif.

L’intérêt moral suffit

— le demandeur n’a pas besoin de prouver un préjudice financier ou matériel.

Le nom est un attribut de la personnalité

— le droit protège la dignité, l’identité et la filiation.

On peut interdire l’usage illégitime par un tiers

— par exemple l’utilisation d’un nom de famille pour tromper, confondre ou profiter d’une réputation.

La protection du nom patronymique est donc à la fois préventive et réparatrice.

4. Enjeux juridiques : pourquoi le nom est aussi important en pratique ?

Le nom joue un rôle central dans la vie juridique et sociale :

✦ 1. Identité civile

C’est la base de l’état civil, des actes officiels, des documents d’identité.

✦ 2. Filiation

Le nom patronymique permet de rattacher une personne à une famille, ce qui a des conséquences sur la succession, la protection parentale, la tutelle, etc.

✦ 3. Responsabilité et réputation

Le nom identifie une personne dans ses actes : contrats, décisions de justice, actes notariés, etc.

✦ 4. Sécurité juridique

Une mauvaise utilisation du nom peut porter atteinte à la réputation, créer des confusions ou entraîner des fraudes.

✦ 5. Droit à la vie privée

Le nom fait partie des éléments protégés par les droits fondamentaux.

5. Exemples pratiques en droit sénégalais

Voici quelques illustrations concrètes de l'application des règles :

➤ Exemple 1 : changement de prénom pour motif religieux

Un jeune adulte portant un prénom non conforme à sa pratique religieuse peut demander au tribunal une modification pour « intérêt légitime ».

➤ Exemple 2 : usurpation de nom patronymique

Si une personne utilise le nom d’une famille pour obtenir un avantage ou créer une confusion, l’article 11 permet une action pour l’empêcher.

➤ Exemple 3 : correction d’erreur administrative

Si un officier d’état civil a mal orthographié un nom, une demande judiciaire peut être introduite pour le corriger.

➤ Exemple 4 : adoption

L’adoptant peut modifier les prénoms de l’enfant sans démontrer d’intérêt légitime : l’objectif est l’intégration familiale.

6. FAQ – Les questions que les étudiants se posent souvent

🔸 1. Le nom peut-il être changé facilement ?

Non. Toute modification passe par un jugement, sauf cas d’adoption.

🔸 2. Peut-on choisir n’importe quel prénom ?

Oui, mais le prénom doit respecter l’ordre public et ne pas porter préjudice à l’enfant.

🔸 3. Le nom patronymique peut-il être supprimé ?

Il peut être revendiqué ou protégé, mais sa suppression totale est rare et encadrée.

🔸 4. Une personne peut-elle utiliser le nom d’un tiers ?

Non. L’article 11 permet d’interdire tout usage illégitime, même sans préjudice matériel.

🔸 5. Le nom est-il transmissible ?

Oui : il suit les règles de la filiation (paternelle, maternelle ou mixte selon le cas).

Conclusion

Le nom, même sans définition légale explicite, occupe une place essentielle en droit sénégalais. Le Code de la famille en encadre les éléments, organise la modification des prénoms et protège vigoureusement le nom patronymique.

Comprendre ces règles, c’est comprendre un pan fondamental de l’état civil, de la personnalité juridique et de la sécurité des relations sociales.

Pour les juristes, étudiants et praticiens, maîtriser ce régime est indispensable, car le nom touche directement au droit à l’identité, à la filiation et à la protection de la personnalité.

Des notions clés dans toute étude de droit privé au Sénégal.