Comprendre l’absent et le disparu selon le Code de la famille sénégalais
procédures, effets et enjeux juridiques
M. Danfa
12/30/20256 min read


La disparition d’une personne soulève toujours des inquiétudes humaines, mais aussi des questions juridiques complexes. Que devient son foyer ? Qui protège ses biens ? À partir de quand peut-on considérer qu’elle n’est plus en vie ?
Le Code de la famille Sénégal apporte des réponses précises à travers les articles 16 à 28, qui encadrent l’absence, la disparition et leurs effets.
Ces dispositions permettent au juge d’intervenir pour sécuriser les intérêts de la famille, des créanciers et de la personne elle-même.
Pour les étudiants, comprendre ces règles est essentiel : elles illustrent la façon dont le droit anticipe les situations exceptionnelles et assure la continuité sociale malgré l’incertitude.
Cet article propose une analyse complète du régime juridique de l’absent et du disparu, la procédure disparition Sénégal, ses effets et les conséquences du retour éventuel de l’intéressé.
1. Définition de l’absence et de la disparition
Le Code de la famille distingue clairement deux situations : l’absence et la disparition (art. 16), chacune reposant sur des critères spécifiques.
1.1. L’absence : un silence prolongé créant une incertitude
On parle d’absence lorsqu’une personne cesse de donner des nouvelles et que ce manque d’information rend son existence incertaine.
Aucune circonstance dangereuse n’est nécessaire : c’est le silence prolongé qui fait naître la situation juridique.
L’absence traduit donc une incertitude : la personne est peut-être vivante, peut-être décédée, mais rien ne permet de trancher.
1.2. La disparition : une absence dans un contexte de danger
Le disparu est celui dont l’absence est liée à des circonstances mettant sa vie en danger, sans que le corps ne soit retrouvé.
Cela peut résulter :
d’un naufrage,
d’un effondrement,
d’un accident grave,
d’un événement violent.
Contrairement à l’absence, la disparition repose sur une présomption de mort liée aux circonstances.
Cette différence entre les deux statuts entraîne des procédures distinctes, des délais différents et des effets juridiques adaptés.
2. Qui peut lancer la procédure dans les deux cas ?
La question de la qualité pour agir est fondamentale. Le Code est ici assez large afin de ne pas bloquer la protection des intérêts familiaux et patrimoniaux.
2.1. Dans le cas de l’absence
Pour l’absence, l’article 17 précise que la procédure peut être lancée par :
tout intéressé,
le ministère public, qui peut agir même sans requête de la famille.
Le terme "intéressé" est interprété largement :
conjoint,
enfants,
parents,
créanciers,
cohéritiers,
partenaires commerciaux,
ou toute personne ayant un intérêt à ce que soit ouverte une procédure.
2.2. Dans le cas de la disparition
Pour la disparition (art. 24 et 25), peuvent agir :
le Procureur de la République,
tout intéressé,
ou plusieurs personnes en requête collective si plusieurs individus ont disparu dans les mêmes circonstances.
Le ministère public joue un rôle central car la disparition engage l’ordre public, notamment en matière d’état civil.
3. Quelle est la procédure dans les deux cas ?
La procédure de l’absence comporte plusieurs étapes progressives.
La disparition, elle, peut mener directement à une déclaration judiciaire de décès.
3.1. La procédure d’absence : une succession d’étapes
a) La présomption d’absence (articles 17 à 21)
Après un an sans nouvelles, une requête est déposée devant le tribunal du dernier domicile.
Elle déclenche :
l’ouverture d’une enquête par le parquet,
la publication de la demande (presse, radio, parfois à l’étranger),
la désignation immédiate d’un administrateur provisoire chargé de la gestion des biens personne absente.
Après un autre délai d’un an, le tribunal peut rendre un jugement déclaratif de présomption d’absence.
b) La déclaration d’absence (article 22)
Deux ans après la déclaration de présomption d’absence, une demande de déclaration d’absence tribunal peut être introduite.
Cette décision a des effets plus lourds :
extension des pouvoirs de l’administrateur provisoire,
possibilité pour le conjoint de demander le divorce.
3.2. La procédure de disparition : une voie plus rapide
Au contraire de l’absence, la disparition peut conduire rapidement à une déclaration judiciaire de décès.
La requête est déposée :
au tribunal du lieu de disparition,
ou au tribunal régional de Dakar si celle-ci a eu lieu hors du territoire.
La procédure se déroule en chambre du conseil, sans publicité excessive.
Le tribunal vérifie les circonstances, peut ordonner une enquête, puis fixe la date du décès, qui ne peut jamais rester indéterminée.
4. Quels sont les effets si la procédure aboutit ?
L’aboutissement de la procédure, que ce soit la présomption d’absence, la déclaration d’absence ou la déclaration de décès, produit des effets juridiques importants.
4.1. Sur les biens de l’absent
L’administrateur provisoire gère les biens dès la première phase.
Il peut :
accomplir les actes conservatoires,
gérer les biens courants,
effectuer des actes de disposition si urgence (art. 20),
vendre des biens à titre onéreux lorsqu’une déclaration d’absence est prononcée, sous condition d’expertise.
4.2. Sur la famille
Lorsque la déclaration d’absence est prononcée :
le conjoint peut engager une procédure de divorce,
le juge organise la situation des enfants (tutelle ou administration légale).
Lorsque la déclaration de décès est rendue :
le mariage est dissous,
la succession s’ouvre au dernier domicile de l’intéressé.
4.3. Sur l’état civil
Le jugement déclaratif de décès a la même valeur qu’un acte de décès (art. 26).
Il est transcrit :
en marge de l’acte de naissance,
éventuellement en marge de l’acte de mariage.
5. Quels sont les effets du retour de l’absent ?
La loi prévoit explicitement l’hypothèse où la personne réapparait, même après des années.
5.1. Effets patrimoniaux (article 27)
Deux situations :
Retour avant la déclaration de décès :
Il retrouve l’intégralité de ses biens et l’administrateur provisoire doit rendre compte.
Retour après déclaration de décès :
Il récupère seulement les biens restants.
Il ne peut pas exiger la restitution des biens vendus.
5.2. Effets personnels et familiaux (article 28)
Le mariage n’est pas rétabli si le conjoint s’est remarié.
Un divorce prononcé durant l’absence reste valide.
Pour les enfants :
la tutelle ou administration légale cesse automatiquement,
la garde est réexaminée selon leur intérêt.
6. FAQ : les choses à savoir absolument
🔸 1. Qui peut demander la présomption d’absence au Sénégal ?
Toute personne ayant un intérêt direct : conjoint, enfant, parent, créancier, voisin, ou même un partenaire commercial.
🔸 2. Peut-on déclarer une personne absente avant un an ?
Non. Le Code impose un délai minimal d’un an sans nouvelles.
🔸 3. Quelle est la différence entre absence et disparition ?
L’absence c'est l'incertitude sans danger.
La disparition c'est une absence en plus de circonstance mortelle.
🔸 4. Peut-on divorcer si le conjoint est déclaré absent ?
Oui, dès la déclaration d’absence, le conjoint peut demander le divorce.
🔸 5. À quel moment peut-on demander une déclaration judiciaire de décès ?
Pour l’absent : 10 ans après les dernières nouvelles.
Pour le disparu : délai très court, selon les circonstances.
🔸 6. Que devient le patrimoine si la personne revient après avoir été déclarée morte ?
Elle récupère seulement ce qui reste.
Les ventes passées restent valables.
🔸 7. Est-ce que les enfants reprennent automatiquement leur ancien régime ?
Oui. La déclaration de décès met fin à la tutelle ou à l’administration légale.
Conclusion
Le régime juridique de l’absent et du disparu occupe une place cruciale dans le Code de la famille Sénégal, car il permet de répondre à une situation humaine délicate : l’incertitude autour de la vie d’une personne.
La loi organise une procédure disparition Sénégal progressive, protectrice et minutieuse, permettant à la fois la gestion des biens personne absente, la stabilité familiale et la sécurité des transactions.
Pour les étudiants, ce régime est un excellent exemple de la façon dont le droit équilibre prudence, protection et continuité sociale.
Pour les praticiens, il s’agit d’une matière sensible où la précision juridique est indispensable.
